Cong Hien Nguyen

 

Bonjour. Je m’appelle Cong Hien Nguyen. Né à Saigon (Ho Chi Minh Ville, Vietnam) en 1985, je me suis installé au Québec vers l’âge de six ans avec mes parents et ma grande sœur. Pour mes parents, qui ont vécu la guerre, le Québec représente une société démocratique et pluraliste où ma sœur et moi pouvons réaliser notre plein potentiel. Je sais que pour mes parents, cela veut aussi dire repartir à zéro en échange d’une meilleure vie future pour nous, les enfants. Le Québec a été la terre d’accueil pour la grande famille de ma mère qui a émigrée du Vietnam dans les années 70 et 80 pour échapper à la guerre et à ses lendemains. La grande famille de mon père a aussi quitté le Vietnam pour les États-Unis quelques années avant nous. Ma famille était ainsi la dernière à quitter le pays. Je me rappelle encore de mon arrivée à Montréal – Mirabel. C’était en mars 91. De par le hublot de l’avion, j’ai vu la neige immaculée, miroitante et parfaite. En foulant les pieds dehors, j’ai découvert la froidure de l’hiver.

Mon adaptation au mode de vie québécois a été relativement facile, en dépit du fossé linguistique qui nous séparait au début. Pour maîtriser la langue, je recopiais les livres d’histoire pour enfants et apprenais par cœur les règles de grammaire et les conjugaisons du Bescherelle. Étant un enfant timide et n’ayant pas beaucoup d’amis, je passais mon temps à construire des maisons en brique Lego et à m’improviser urbaniste et architecte. Vers l’âge de 12 ans, j’ai eu mon premier ordinateur, gracieuseté d’un oncle généreux. Les jeux sur l’ordi ne m’intéressaient pas. Je m’amusais plutôt à réparer les ordis pour les gens de mon entourage. Étant un gars méthodique et studieux, j’aimais aider mes camarades de classe à comprendre la matière un module à la fois, en plus d’être reconnu à l’école secondaire comme le gars qui sait réparer les ordinateurs. Ces statuts me conféraient un certain respect de la part de tous. J’ai fait ma sortie de placard à quelques amies proches en secondaire 3 et tranquillement, je l’ai dit à d’autres. Je n’ai jamais été importuné parce que je suis gai – presque toute l’école le savait – bien que je ne le vivais pas au grand jour non plus.

J’ai choisi de me diriger en informatique au niveau collégial, même si l’architecture était un domaine qui me passionnait plus que l’informatique – pour un jeune de 17 ans, j’ai fait mon choix en fonction du nombre d’années d’étude requise. L’informatique est un domaine où la représentation masculine est majoritaire. Ceci ne m’a pas empêché d’être qui je suis. J’ai découvert le Village et les boîtes de nuit avec des collègues de travail alors je travaillais au magasin Les Ailes de la Mode, un moment de ma vie où j’ai côtoyé amicalement et professionnellement plusieurs personnes de la diversité. Je me rappellerai toujours de mon 19e anniversaire où j’ai amené une quinzaine d’amies dans le Village. Pour moi, c’était un moment marquant car j’étais parvenu à un moment de ma vie où j’étais confortable avec mon orientation. J’ai rencontré mon premier chum alors que j’étais à l’université à travers un site internet de rencontres. Mes amis m’ont incité à m’y inscrire, mais je ne voyais pas trop la pertinence. Pour moi, ce genre de site ne fait qu’engendrer des relations éphémères. Eh bien, cela fait 12 ans que je suis avec lui.

Au plan professionnel, je travaille dans le département informatique pour une grande compagnie minière depuis plus de 11 ans. J’ai fait mon coming-out à mes patrons dès le début car cet aspect de moi ne devrait pas être tabou. Je suis un gars qui valorise la transparence et des relations sincères. J’ai toujours participé aux événements sociaux de la compagnie avec mon chum. Au début, j’étais quand même un peu gêné de me faire photographier avec lui. La gêne a été vite dissipée. L’ouverture de mon milieu de travail y a beaucoup contribué.

Mon contact avec Fierté agricole a débuté à l’un de ces soupers de Noël que Maria a organisé pour regrouper les agriculteurs gais; une vraie révélation et bénédiction! Pour un gars de la ville comme moi qui vit ouvertement son homosexualité, j’ai découvert que ce n’est pas la chance que tous-toutes aient. Ma rencontre avec Maria, inspirante dame, m’a fait ouvrir les yeux à l’importance d’aider ces hommes et femmes qui travaillent souvent dans la solitude à nourrir la population. Mais quel est donc mon lien avec l’agriculture? Mon lien est établi à travers mon chum qui est issu du milieu agricole. J’ai été parmi les membres fondateurs en 2012 et mon chum était l’un des administrateurs. Ne voulant pas être en reste, je m’impliquais dans toutes les activités à titre de bénévole et j’ai pris part aux journées communautaires à promouvoir la mission de l’organisme. Depuis avril 2017, je siège au Conseil d’administration de l’organisme car je crois que je pourrai donner davantage en m’impliquant activement. Je crois en la dimension humaine de notre organisme où on fait une différence auprès d’une personne à la fois, un lien créé à la fois et un pont bâti à la fois à travers la province.

La vie n’a pas toujours été facile pour moi et aujourd’hui, je réalise la chance énorme d’être un privilégié grâce à la société d’accueil qu’est le Québec. Merci. A mon tour d’aider les autres.